La barque de la poésie naviguerait alors sur l’eau de l’espérance. Comment quête poétique et réflexion sur le langage s'interpénètrent-ils? Une parole qui sait magistralement faire la place du sens et du chant s'élève, à … D’abord, le passage d’une strophe à l’autre se fait en milieu de vers. Le second chant, consacré à la poésie, ne peut se comprendre que par rapport au premier chant. Toute notre interprétation renvoie le poète au deuil de son père qui se perpétuerait depuis son adolescence.). La dissolution dans l’eau s’apparente donc à la mort, ce qui est correspond à une structure classique de l’imaginaire. Bonnefoy a aussi une sœur aînée. Ici, il s’agit plus d’une voix de rêveur plus que de fabuliste : la scène est baignée d’une atmosphère onirique. [4] En effet, la notion de strophe suppose une régularité, que le texte ne présente pas. C’est alors que le poème se fait prière, demandant au « rêve de la nuit » de réconcilier les contraires, de rendre possible l’impossible. » Ce même détour nous permettra de comprendre par ailleurs un certain nombre d’images à l’œuvre dans cette partie. Ce mensonge des mots, qui explique le titre du poème, nous montre a priori simplement que les mots sont en décalage avec la réalité. Trois sections ont été choisies dans le recueil : « Dans le leurre des mots », « La maison natale », « Les planches courbes » (pp. Vous pouvez paramétrer vos choix pour accepter les cookies ou non. » Il remplace dans ce poème l’idée de l’enfant qui naît dans le premier chant. Contrairement à Rousseau, ne donne pas à son livre ce statut. De plus, après ces quelques vers, le poème ouvre une parenthèse qui propose à nouveau l’image de la navigation. Un homme et une femme se sont assis Dans la maison perdue. page: sur 4. [8] Il semble d’autre part que la culpabilité à l’égard d’un défunt provoque l’impossibilité de faire son deuil. La réflexion sur la poésie d’Yves Bonnefoy semble s’orienter vers l’idée d’une nostalgie et d’une espérance de la coïncidence des mots et du monde. Ce serait se réfugier dans le confort intellectuel d’un Homais. Il invoque ces images enfouies que l’on pourrait croire nostalgiques. ». Cette puissance évocatoire du poème, toute une classe d’élèves de terminale y fut sensible, avant même toute explication. La strophe III nomme la poésie en l’apostrophant, et constitue avec la strophe IV le cœur de cet hymne à cette déesse antique. L’enfant rit, joue avec une grappe de raison. » Si notre hypothèse de lecture est bonne, « l’autre » pourrait avoir une double signification. [2] Prendre le jeu de son père, c’est peut-être vouloir prendre sa place de père, précisément. Là-bas, dans l’Acheron le Pyriphlégéthon se jette On voit donc le même schéma à l’œuvre. (Chant X, vers 507-515 ; chez François Maspéro, coll. Analyse de la phrase. [...] L'évasive présence maternelle (poème 9 de la «Maison natale Les premiers poèmes du recueil mettent en avant le sensible et le simple, dont le contact rappelle les premiers temps de l'enfance et la présence de la mère, ainsi trouve-t-t-on de nombreuses références aux sensations, à l'enfance [section la Maison natale, un ou deux exemples à commenter] Le père: il est évoqué dans les poèmes 7 et 8 de la Maison natale père ouvrier, marque par la tâche, que le fils aurait voulu plus proche, et dont l'amour d'enfant n'a pu se dire que maladroitement (voir, dans le poème la partie de cartes truquée). [...], [...] Les Planches courbes sont un recueil autoréflexif. [7] Voir, à ce sujet le parallélisme avec l’arrivée d’Ulysse au royaume des morts, évoqué dans la note 4. On peut conclure de cette analyse de détail que le long poème « Dans le Leurre des Mots » est en réalité un art poétique. N.B. Ce poème présente une scène de l’enfance. La nuit d’amour ouvre sur un voyage en barque, dans lequel la comparaison s’établit avec Ulysse. » On note que, par ce dernier vers de la strophe, le poète dédie son poème à son père, qui prend, dès lors, une place centrale dans le recueil. Il nous a enseignés aussi combien seule une démarche attentive aux détails et à l’unicité de chaque univers permettait d’oser une interprétation, au-delà des explications trop schématiques données ça et là. Avidement au bol de l’espérance... Dès lors, Cérès espère son enfant, comme le poète espère un enfant. Dès lors, la poésie décrite dans les strophes initiale et finale du poème XII est la même que celle du poème « dans le Leurre des Mots. Salué dès sa publication en octobre 2001 comme l'un des livres majeurs d'Yves Bonnefoy, Les Planches courbes s'impose en effet au sommet d'un œuvre sans faiblesse ni reniement. » Tous ces qualificatifs peuvent se rapporter à l’image du père tel que nous l’avons perçu : calme et inattentif. La prière formulée dans la strophe précédente est en voie d’être exaucée. Cherchez Les Planches courbes sur Amazon et Wikipédia. On repère donc déjà que différents éléments issus de notre analyse des poèmes VII et VIII se retrouvent de manière cohérente dans cette première partie du poème V. On retrouve ce schéma de façon très intéressante dans le poème X de la même partie. Mais, ce qui demeure caché aux yeux de tous les protagonistes, c’est que l’enfant désire apprendre les mots qui lui permettront d’être père à son tour. On sait par ailleurs que, pour l’enfant, le plus grand mystère partagé par ses parents est celui de la conception. Strophe VII : « Mais je sais tout autant... », Les deux dernières strophes réaffirment l’espérance, en écho aux trois strophes du rêve exaucé du premier chant. Il nous paraît par ailleurs clair que le passé surréaliste d’Yves Bonnefoy lui a donné tôt l’habitude de faire confiance à ces « images » qui s’imposent d’une façon ou d’une autre à lui, que ces images sont suffisamment récurrentes pour sentir qu’elles ne doivent rien au hasard, et que le poète lui-même est parfaitement conscient de la présence de règles qui viennent donner une forme spécifique à son imaginaire personnel. Par rapport à ce parcours autobiographique, le dernier poème est évidemment à mettre en valeur comme le point d’aboutissement de cette quête. Post scriptum C’est un souvenir précis : la maison est exactement la sienne : « celle qui fut et rien de plus », par opposition à d’autres images de la maison natale plus oniriques, développées dans les poèmes précédents. A son retour à la maison, on imagine assez facilement ce père aimé « abruti de fatigue », et se réfugiant dans un mutisme relatif, pour récupérer des efforts de la journée. [13] Dans un travail réalisé par ailleurs sur un roman de Raymond Queneau, l’érudition avait été également une première voie d’accès. Profil - Bonnefoy (Yves) : Les Planches courbes: Analyse littéraire de l'oeuvre de Brunel, Pierre; Andriot-Saillant, Caroline; Bonnefoy, Yves sur AbeBooks.fr - ISBN 10 : 2218750856 - ISBN 13 : 9782218750854 - Hatier - 2005 - Couverture souple Dès lors, le poète quête ces mots-là, en essayant de retrouver son père, sur une autre rive. Pimido, c'est 20 ans d'expérience dans la rédaction, l'optimisation, l'achat et la vente en ligne de documents. Commentaire: « La maison natale » constitue une des sections du recueil Les Planches courbes. Par ailleurs, tout le monde ne naît pas poète. Mais le voyage en barque est décevant, parce que la barque n’arrive nulle part, et que le langage et le monde ne sont pas adéquats l’un à l’autre. L’espérance déçue est symbolisée par le naufrage de la barque, l’espérance comblée par son arrivée sur une autre rive, où l’attendent l’ombre de son père, l’enfant tant désiré, ou la naissance d’un feu nouveau. Cette étude n’est pas en effet elle-même sa propre fin. Le « je m’éveillai » peut débuter un souvenir comme un rêve. Une parole qui sait magistralement faire la place du sens et du chant s'élève, à la fois affirmée et … Le sens paraît obvie, à l’exception des vers 37-38 : « enseignant... à ceux qui cherchent / A faire être le sens malgré l’énigme. Au fond, le risque de mon hypothèse serait d’en faire une lecture totalitaire. L’image du père, présente dans La Maison natale est donc liée à l’enfance du poète Sa mère est infirmière, elle devient ensuite institutrice. » Sur ce plan, la voix qui espère est placée au même plan que « le frémissement de la main qui touche la promesse d’une autre. Il me semble donc qu’un autre mérite de mon hypothèse est de relier la parole au centre le plus profond du désir chez Yves Bonnefoy. ». Mais alors, surgit une autre objection, plus forte et plus fondamentale. Les jours des deux amants sont comparés à un fleuve qui avance vers la mort, explicitement citée. ". Tous les deux s’embarquent alors, mais la barque sombre progressivement ; alors, l’enfant et l’h… Pour les poèmes I et II, d’autres interprétations sont plausibles. » Dans son désir de suivre son père (par amour, ou pour connaître les mots qui donnent la vie), l’enfant oblige le passeur à l’embarquer. On peut aussi penser à l’arrivée de Dante et de Virgile aux portes du Paradis, qui est une île dans La Divine Comédie. De ces mots en inadéquation avec un réel prosaïque, il ne naît rien. Toute poésie dit, et se dit elle-même, dans la singularité du rapport des mots de tous -« les mots de la tribu » dont parlait Mallarmé - et de la personnalité particulière du poète. » Cette naissance est bien liée à la parole féconde : « La première parole après le long silence », comme un écho à la parole créatrice de Dieu dans la genèse, qui crée le monde, après le silence, ou bien, comme on l’a compris, comme un écho de la parole féconde du père. Le temps de l'enfance n'est pas particulièrement heureux, mais il est celui du contact sensible avec le monde, en deçà ou au-delà du langage. Yves Bonnefoy, né à Tours le 24 juin 1923 et mort à Paris le 1 er juillet 2016, est un poète, critique d'art et traducteur français.Il est considéré comme un poète majeur de la … Il présente la compassion pour Cérès cherchant sa fille absente comme centrale dans la création poétique. Dans cette positivité, on trouve deux éléments. Encore vivant ? Le désir meurt. La même petite salle à manger dont la fenêtre C’est après avoir écarté d’autres hypothèses que ce mode-là m’a paru le plus pertinent. apprendre. Elle lui est vitale, à l’opposé du jeu mondain que représentait la poésie pour les poètes de cour, au XVIème ou au XVIIème siècles. Par ailleurs, on sait que l’un des rôles du rêve est de compenser l’impuissance dans la vie par une surpuissance : la pièce permet donc d’interdire au passeur de délaisser l’enfant. A la fin de ce premier poème, des vers 117 à 126, nous retrouvons la plupart des thèmes déjà analysés, mais avec des variantes. Elle pourrait être l’amante, et à ce moment-là, l’amante avec le poète sont prometteurs de paternité ; elle pourrait être l’enfant espérée, et alors, l’autre est celle qui est promise. Yves Bonnefoy L'Heure présente précédé de La Longue Chaîne de l'ancre suivi de Le Digamma. L’éloignement du fils, la pièce sombre, donne à cet échange une apparence de mystère. Par ailleurs, le thème de l’enfant désiré est peut-être celui de la partie du recueil intitulée « la voix lointaine. Echoue là ton bateau, près des remous de l’Océan, Ici, nous nous gardons de l’identifier au père, car les indices textuels manquent, en tout cas dans les trois parties étudiées. Il ne doit plus y avoir de querelle entre le monde et l’espérance, c’est-à-dire entre le monde où les mots sont impuissants et celui où ils seraient féconds, où ils rendraient au poète la possibilité de « garder la vie » - nous comprenons ici la possibilité de la donner. Nombre de ses textes sont à … Lecture analytique des Planches courbes d'Yves Bonnefoy. Il y a une véritable tendresse entre le passeur et l’enfant. Ancien ou d'occasion. Le poète se retourne vers le passé et l'enfance. » Le second, c’est la fin de la strophe, qui pose dans des termes eux-mêmes énigmatiques, la question du mystère de la conception : « l’enfant.... Nous regardant avec la gaucherie /De l’esprit qui reprend à son origine / Sa tâche de lumière dans l’énigme. » En suivant la référence homérique, ces ombres pourraient, comme dans les chants X et XI de l’Odyssée, être celles des morts [5]. Du fond de ce jardin les voit, les regarde, », Strophe III : « Ô poésie, / Je ne puis m’empêcher de te nommer... » Le détache déjà de cette rive. A un niveau implicite, cette espérance est celle de pouvoir dire les mots magiques qui permettent à un homme de devenir père, en compagnie d’une femme. Et d’une façon magnifique, le poète quitte l’enfant en s’endormant. Mais cela n’empêche pas qu’ils se séparent à la fin. L’étoile est le signe de la beauté. Le poème VI décrit un premier voyage. Le premier, c’est la présence de l’article défini « le » devant le nom « enfant. Pour visualiser le plan détaillé de la lecture, CLIQUER ICI.. Ph, G.AdC YVES BONNEFOY, LES PLANCHES COURBES Divagations autour du titre du recueil Le titre éponyme du recueil (Les Planches courbes, Mercure de France, 2001 ; Gallimard, Collection Poésie, premier dépôt légal en 2003) est un titre … A cette hypothèse espérée, les vers 35 à 38 opposent de manière abrupte la réalité de ce périple, tel qu’il est vécu par le narrateur, grâce à un nous qui fait ici irruption : Nous sommes des navires lourds de nous-mêmes, » Il est sur « la couche du plaisir », et, sous l’égide de Vénus, il se retrouve sur une barque « vers le haut de la mer. Image, G.AdC. Il me faut donc répondre aux objections que ma lecture -qui n’est exclusive d’aucune autre- pourrait soulever. Attention : autobiographique Le terme de récit ne faisait pas partie du sujet- encore moins la notion de pacte autobiographique qu'il fallait exclure ici : Bonnefoy. Enfin, pour souligner la proximité avec le surréalisme ou la psychologie, notons que le souvenir et le rêve sont traités dans cette partie quasiment sur le même plan. Pour cela, il refuse la poésie du désespoir du quotidien. C’est ainsi par exemple qu’il faut comprendre le recours aux figures mythologiques. Dans l’ensemble de ce premier chant, on a donc une structure inclusive. Ce poème fait donc signe vers un autre imaginaire du poète, un imaginaire terrestre, qui est plus développé dans d’autres parties du recueil, et notamment dans la dernière « Jeter des Pierres » [12]. (Sans sur-interpréter le texte, on peut suggérer que cette culpabilité est liée au souvenir de l’échange du jeu de carte, tel qu’il est décrit dans la parenthèse du poème VII de « la Maison natale. [...], [...] Devoir : la dimension autobiographique Question : le recueil d'Yves Bonnefoy, Les Planches Courbes, est-il autobiographique ? L’âge et la maladie ont d’ailleurs progressivement dû augmenter cette impression de fatigue, avant que le père d’Yves ne meure, alors que son fils était âgé de quatorze ans. Les Planches courbes sont un recueil autoréflexif.